Introduction:

Dans le cadre de l’activité E, j’ai choisi de couvrir un domaine qui est inter relié à la politique et à la démocratie : Gouverner et faire de la politique à l’ère du web social . La politique et la démocratie sont des sujets qui nous concernent tous et qui influencent notre vie de tous les jours.

Le web social a constitué une véritable révolution au niveau politique et il est de plus en plus utilisé pour exercer une citoyenneté active. Il offre également de nouvelles potentialités en matière d’e-gouvernement (gouvernement électronique) et on parle de nos jours de Gouvernement 2.0 . Les services publics voient dans le web social de façon spécifique et dans le web 2.0 de façon générale de nouvelles méthodes qui permettent de se rapprocher de leurs citoyens, grâce entre autres, à la mise en place de processus en ligne pour consulter leurs avis.

Le web 2.0 est très similaire au web social, sauf que le premier met l’accent sur le contenu et le deuxième sur les gens. Le concept Gouvernement 2.0 est une résultante de l’engouement populaire pour un autre concept :La démocratie électronique (ou e-démocratie).

Historique de la démocratie électronique:

La démocratie électronique constitue la variante moderne de la démocratie participative et elle est apparue bien avant l’apparition de l’Internet. Dans le tableau qui suit, le politologue Thierry Vedel résume les trois principaux âges qu’a connus la démocratie électronique :

Tableau 1 : Les trois âges de la démocratie électronique

Structure de la démocratie électronique:

Toujours selon Thierry Vedel , la démocratie électronique peut être modélisée autour de trois axes structurant : la transparence, le débat, la consultation.

Tableau 2 : Les axes structurants de la démocratie électronique

L’avènement du web 2.0:

Le concept web 2.0 a été inventé par Tim O’ reilly en 2004 pour distinguer l’évolution et l’adaptation que le web a connues après l’éclatement de la bulle informatique en 2001. Contrairement au web classique et statique, le web 2.0 fonctionne à la manière d’une plateforme offrant des outils interactifs à l’usager pour lui permettre de créer lui-même du contenu en ligne.

Le web 2.0 a révolutionné les réseaux de communications et la circulation de l’information, en nous  permettant de passer d’un modèle centralisé à un modèle décentralisé et distributif entre les différents internautes.

Paul Johnston recommande trois clés de succès afin de rendre le modèle distributif effectif :

« – construire des plateformes flexibles afin de maximiser leur efficacité. Penser en termes de facilitation des usagers : comment les citoyens vont-ils faire pour se connecter à mon organisation (privée ou publique)? Le Web 2.0 permet une grande adaptation de l’internet aux besoins des usagers. Pour attirer les citoyens, il faut donc savoir s’adapter à leurs demandes avec une grande réactivité.

– Donner le pouvoir à tous, c’est-à-dire également aux citoyens et pas seulement au centre. Cette distribution de pouvoir est à l’origine de la démocratie participative.

– Garder le contrôle du pouvoir du “nous”, en particulier dans le secteur public. Il s’agit là de ne pas se laisser déborder. » [1]

Le modèle distributif s’apparente beaucoup au modèle de la démocratie participative, permettant à chacun de s’exprimer et de contribuer au processus de prise de décision.

Le gouvernement 2.0, une matérialisation du web 2.0 et du web social:

Au vu de la révolution apportée aux réseaux de communication, le web social et par extension le web 2.0, sont sans conteste les meilleurs atouts pour la mise en place d’un gouvernement 2.0. Un gouvernement bâti sur le modèle de gouvernement 2.0,offre à ces citoyens un meilleur accès à l’information, notamment grâce aux spécificités offertes par le  web social. En contrepartie, il offre à l’administration publique et à sa politique une large visibilité avec des coûts raisonnables.

Le gouvernement 2.0 oriente toutes ses actions envers les services aux citoyens. Ces derniers deviennent plus actifs et participatifs grâce aux blogues, forums et réseaux sociaux. Ce modèle de gouvernement  permet aux citoyens de se regrouper plus facilement afin de mieux canaliser leurs revendications et actions citoyennes. La participation citoyenne ne peut que renforcer l’efficacité et l’innovation d’un gouvernement, ce qui peut servir à améliorer les relations et la collaboration directe entre les employés.

Vinek Kundra, le premier CIO (Chief Information Officer) des États-Unis,  préconise l’utilisation des approches web 2.0 pour satisfaire et répondre aux besoins des citoyens et de leur gouvernement. Le gouvernement ne doit plus considérer ses citoyens comme de simples sujets mais comme des co-créateurs d’idées et d’applications  entourant les données du gouvernement. Le gouvernement doit saisir maintenant toute l’importance que représente le potentiel des connaissances détenues par ses citoyens. Car ce n’est plus seulement le gouvernement qui a le monopole des innovations, mais les citoyens également. Une grande opportunité est désormais donnée aux citoyens de s’impliquer davantage et de créer  un gouvernement qui puisse les servir tel qu’ils l’ ont toujours souhaité.

Gauravonomics définit cinq niveaux de gouvernement 2.0 :

Niveau 1 : Permettre aux employés du gouvernement et aux élus de tous les niveaux d’accéder et d’utiliser les médias sociaux comme les blogues, les wikis et réseaux sociaux pour communiquer avec leurs électeurs.

Niveau 2 : L’utilisation stratégique des outils issus des médias sociaux comme les blogues, les wikis et les réseaux sociaux par les organismes gouvernementaux à atteindre leurs objectifs et de solliciter des commentaires auprès des citoyens pour améliorer leurs processus.

Niveau 3 : Une plateforme participative qui engage les citoyens dans les débats politiques et le service volontaire à tous les niveaux du gouvernement.

Niveau 4 : La libre disponibilité de toutes les données gouvernementales non sensibles et non personnelles, afin que les citoyens puissent l’utiliser et que les usagers puissent construire des applications autour.

Niveau 5 : L’institutionnalisation d’un processus qui utilise directement la plate-forme participative précitée comme une importante source pour les fonctions gouvernementales, y compris pour l’élaboration des politiques.

Implanter le modèle du gouvernement 2.0 est une grande étape dans le processus de modernisation d’un État qui se transforme de distributeur de services au citoyen à un État qui implique le citoyen dans l’élaboration et l’amélioration des services qui le concernent.

Gouvernement 2.0 et « Opendata »:

Les États Unis ont été les précurseurs, avec l’arrivée d’Obama au pouvoir, à donner l’exemple en ouvrant l’accès des données de leurs administrations au public. Cette initiative a vite fait des émules au sein des administrations de pays comme le Canada, l’Australie et le Royaume-Uni. Ces données sont mises à disposition du public par le biais de deux méthodes : la première, c’est de les rendre accessibles via le site web. La deuxième, c’est de les formater dans un document ou fichier téléchargeable.

En mettant les données accessibles aux citoyens, l’administration veut permettre aux citoyens d’exprimer leur créativité et de développer eux-mêmes des applications. Par cet exercice de transparence, l’administration se désengage des tâches de développement qui prennent du temps et du budget, pour se consacrer à ses missions traditionnelles.

Obama le cyber président :

Le 44éme mandat présidentiel américain sous l’égide de Barack Obama a inauguré pour la première fois de l’Histoire l’implantation d’un modèle de gouvernement 2.0. Le candidat Obama a commencé à utiliser les avantages de la toile et surtout du web social dès le début de la campagne à l’investiture démocrate en 2008.

Il fût aidé par un des cofondateurs de Facebook : Chris Hughes. Une nouvelle façon de mener une campagne et de lever des fonds était née. Plusieurs groupes composés des partisans d’Obama se sont constitués sur Facebook. Le tournant de la campagne a été le lancement du site web : http://my.barackobama.com , qui représente à lui tout seul un réseau politique. Ce réseau permet à ses membres de lever des fonds, organiser des événements ainsi que d’ouvrir des blogues pour s’exprimer. L’équipe de campagne d’Obama a donc su tirer parti du web social pour faire de la politique 2.0.

Voici d’ailleurs quelques chiffres qui illustrent parfaitement les fruits de la stratégie adoptée par l’équipe du futur président: Lors des primaires, M. Barack Obama comptait 320 000 « amis » sur son réseau Facebook, ce qui représentait 60 fois plus de membres (5200) que n’en pouvait compter sa rivale Mme.Hilary Clinton sur son réseau Facebook. Sur Youtube, les vidéos du candidat Obama sont regardés 24 millions de fois, ce qui représente proportionnellement 3 fois plus que celles de l’autre candidate du camp démocrate.

Le bilan de Chris Hughes était plus que satisfaisant, ce jeune gourou du web social tirait sa force d’un dynamisme  « extrêmement 2.0, c’est-à-dire se nourrissant de la participation des internautes au point d’en faire les acteurs centraux de l’action militante. Issus pour la grande majorité de la jeune génération dite native du numérique, qui a grandi avec Internet, ces internautes sont à la fois invités à poser des questions (auxquelles le candidat répond, en analysant au passage les principaux centres d’intérêt Etat par Etat), et conviés à devenir des émissaires sur la Toile en propageant des vidéos et en partant à la rencontre d’autres groupes, comme Blackplanet.com, l’un des sites de la communauté noire » [2]


Après la victoire d’Obama aux élections présidentielle la même équipe de webmasters, qui avaient mené de main de maître la campagne, a pris les commandes du site officiel de la maison blanche : www.whitehouse.gov. Sur instruction du président, l’équipe appliquera au site de l’administration la formule gagnante qui avait permis de faire élire le candidat.

Leur principal objectif était d’aider l’administration à s’ouvrir aux citoyens. Pour préparer ce changement, un site web avait été lancé avant l’investiture : www.change.gov afin d’inciter les internautes à soumettre leurs idées sur la façon dont ils aimeraient que le pays soit gouverné et dirigé. Bien entendu, les échos reçus via le site sont bien pris en compte et consultés par le président lui-même, sinon ça pouvait décourager les internautes.

Ce style de gestion et de gouvernance a tellement eu du succès qu’il s’est répandu à tous les niveaux de gouvernance. Le gouvernement 2.0 remporte d’ailleurs un franc succès au niveau des administrations municipales.

Critiques et questionnements :

Le gouvernement 2.0 est un bon système à implanter, mais il ne fait pas forcément l’unanimité. Certains reprochent à ce modèle de gouvernement la possibilité qu’il puisse devenir dangereux en favorisant la diffusion des rumeurs sous le prétexte de liberté d’expression. Avec le web social, les prises de paroles sont hors de contrôle et beaucoup de groupes d’influences et de lobbyistes ont vite investi les espaces d’expressions avec des blogues. Les divulgations, parfois, de données sensibles (ou personnelles) et préjudiciables nécessitent de renforcer un peu plus les mesures de protecti0n au niveau technologique et législatif.

Le risque est qu’un réseau ouvert puisse être récupéré par les vieux briscards de la politique, pour en faire un appareil de propagande au service de leurs intérêts électoraux. Laurent Dupin considère que cet intérêt soudain pour la politique n’est qu’un «militantisme presse bouton ». Par contre, le problème majeur demeure, à mon avis, la « discrimination » faite par le système du gouvernement envers la frange de la population qui n’utilise pas, pour diverses raisons, internet. Cette population se retrouve donc privée de parole et non représentée auprès  du gouvernement 2.0. C’est là tout le problème de la fracture numérique au sein de la population.

Le gouvernement 2.0 propose un modèle de dialogue direct entre les gouvernants et les citoyens (gouvernés), mais le risque qui peut se poser c’est la disparition des médiateurs dans la société. En effet, avec ce type de dialogue, les citoyens vont vouloir dialoguer directement avec leur gouvernement et les associations, partis ou syndicats vont avoir du mal à trouver leur place dans ce nouvel environnement érigé en système de gouvernance. Ces médiateurs ont souvent la réputation (fondée ou non) de dénaturer les revendications citoyennes, mais on ne peut pas nier qu’ils ont un rôle important pour structurer, regrouper, prioriser et hiérarchiser les contestations et les revendications.

Les perspectives d’avenir du gouvernement 2.0:

Le gouvernement 2.0 est une expérience assez récente et il est encore tôt pour pouvoir prédire l’avenir réservé à ce nouveau concept. Néanmoins, avec les tendances actuelles des nouvelles technologies et des politiques gouvernementales, on peut spéculer sur l’avenir que devrait connaître le gouvernement 2.0.

a) Dans l’année qui suit : Tous les États américains et les municipalités devraient continuer à évoluer en implantant progressivement des plateformes « Gouv 2.0 ». Le concept devrait également gagner plus de terrain au niveau interne de l’administration fédérale américaine afin d’améliorer la transparence des services destinés aux citoyens ainsi que la collaboration interdépartementale. Comme pour le iPhone d’Apple, on verra une prolifération des applications « open source » développées par des citoyens.

Dans les autres pays de l’OCDE, qui ont immédiatement emboîté le pas aux Américains, le gouvernement 2.0 va continuer de s’étendre aux gouvernements centraux, régionaux et municipaux. Certains pays émergents vont eux aussi faire des tentatives d’ouverture de leurs données administratives. Le Brésil, par exemple, lors des dernières élections présidentielles, a étonné toute la communauté mondiale en utilisant avec succès le vote électronique (e-vote) dans l’ensemble du pays.

b) Dans les cinq ans à venir : Ce sera la fin de la période d’expérimentation et de tests. D’ici cinq ans, tous les pays de l’OCDE vont ancrer dans leurs habitudes démocratiques et méthodes administratives le concept du gouvernement 2.0.

Par contre, on verra l’émergence de la qualité au profit de la quantité. On ne valorisera plus le succès d’un mouvement politique en fonction du nombre de « suiveurs » ou d’admirateurs de son réseau social, mais en fonction des idées originales et utiles qui mènent au vrai changement. On verra également l’émergence de réseaux sociaux moins généralistes et orientés vers la politique. Des réseaux sociaux plus généralistes comme Facebook seront délaissés pour ce genre de militantisme afin de se tourner vers des réseaux sociaux conçus pour le « militantisme 2.0 ».

Le gouvernement sera à ce moment là beaucoup plus social. La citoyenneté participative sera à son apogée et les médias sociaux seront en déclin par rapport aux médias sociaux. Ce sera en quelque sorte la victoire des « My media » au détriment des « Mass media ».

Les grandes sociétés de logiciels (Microsoft, Google… etc.) vont y consacrer un grand effort de développement pour fournir des logiciels et plateformes aux gouvernements et aux organisations. Il faut aussi s’attendre à ce que les collectivités locales soient les plus prolifiques en idées novatrices et que les applications sociales sur les téléphones intelligents aient une plus grande place.

c) D’ici vingt ans : C’est très difficile, pour ne pas dire impossible, de prédire ce que le gouvernement 2.0 ou plutôt le gouvernement x.0 va être d’ici deux décennies. Le web 2.0 va certainement être remplacé par un Web x.0 qui sera beaucoup plus « intelligent » et qui sera l’équivalent de la mémoire et intelligence collective de la société mondiale. On peut quand même deviner que le citoyen du futur sera en constante relation avec son gouvernement.

Grâce aux avancées en biométrie, le citoyen pourra interagir de n’importe ou et à n’importe quel moment avec les administrations. On peut déjà deviner que toutes les démocraties vont basculer dans le gouvernement 2.0 (ou x.0) et qu’un citoyen pourra voter à partir de son cellulaire ou à partir de son écran de télé, tout en restant informé, en temps réel, des tendances de vote de sa communauté sur le réseau et des résultats du scrutin en cours.

Conclusion :

On voit l’éclosion de plus en plus de sites qui tentent de mobiliser les citoyens autour de leurs revendications communes. Le gouvernement 2.0  est en train de gagner des points et connaît un succès grandissant au sein des démocraties à travers le monde.On peut vraiment dire que le web social est une révolution qui a ouvert la voie à une forme moderne et efficace de participation citoyenne.

Le concept « gouvernement 2.0 » en est encore à l’étape de l’expérimentation , par conséquent, il reste encore beaucoup à en explorer et à en tirer comme possibilités. Les élites intellectuelles se plaignent souvent du manque d’intérêt affiché par les jeunes envers la politique et leur peu d’empressement à exercer leurs droits et devoirs démocratiques. Justement, le gouvernement 2.0 représente l’espoir d’un gouvernement beaucoup plus transparent et responsable, capable de fournir à ses citoyens une forme de gouvernance directe et personnalisée à chacun, attirant de plus en plus de jeunes.

En adoptant le gouvernement 2.0, les objectifs des citoyens et du gouvernement deviennent des objectifs communs. Le gouvernement 2.0 a vraiment relancé les jeunes générations dans l’espace politique public en arrivant à concilier technologie (Web 2.0 et Web social) et idéologie (démocratie).

Notes:

[1]: http://pourlasolidarite.eu/IMG/pdf/Citoyennete_Opendays2008Web2.0.pdf

[2]: https://dmourad.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=89&action=edit&message=10#